Éditorial
Le capitalisme, une étrange séduction
Yves Charles Zarka
Exploitation, captation, domination, corruption, destruction, aliénation, accumulation, marchandisation, et aussi avidité, rapacité, rivalité, insensibilité, inégalité, et encore abus, culte de l’argent, pulsion de mort…, j’en passe et des meilleurs. Tels sont les mots du capitalisme. C’est en effet ainsi que, très généralement, pour ne pas dire universellement, on définit le capitalisme comme système économique de production, d’échange et de consommation, comme structure de domination de classe et comme régime symbolique de codes et de conduites. Les mots du capitalisme signifient donc des maux. Quand je dis qu’il s’agit d’une façon très largement partagée de désigner le capitalisme, je ne veux pas dire que tout le monde rejette ce système. Car si c’était le cas, le capitalisme aurait disparu depuis longtemps. Cela veut dire simplement que ceux qui y voient des avantages et donc le soutiennent - il en est même qui en font l’éloge - savent bien que la réalité n’est pas celle qu’ils veulent faire accréditer. Toute défense du capitalisme est biaisée. Elle ne dit qu’un aspect des choses et vise à faire prévaloir un intérêt réel ou illusoire de classe, de position, de situation, comme on voudra. D’une certaine manière, on pourrait dire que l’imposture et l’usurpation que Rousseau, dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes et non dans le Contrat social, avait décryptées au fondement de la propriété et de la société, auraient percé en fait le secret de la société en régime capitaliste : un pacte où les riches dupent les pauvres en légitimant l’inégalité réelle (la conservation et l’accroissement de leurs richesses)